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Portrait d’un jeune chef d’établissement : Jonathan Olieu, principal du collège d’Arles-sur-Tech

lundi 29 août 2016, par S.LAUTRU

« La vie syndicale donne du sens à un quotidien compliqué »

A quelques jours de la rentrée des personnels dans les établissements, le SnU.pden choisit de publier un portrait de Jonathan Olieu, jeune chef d’établissement, membre du bureau national. L’occasion pour lui de faire le bilan de ses quatre premières années de personnel de direction et d’évoquer ses motivations personnelles.

A 36 ans, Jonathan Olieu est un jeune chef d’établissement. Personnel de direction depuis 4 ans, il a travaillé 3 ans comme personnel de direction adjoint sur la cité scolaire de Font-Romeu. Depuis l’année dernière, il est affecté au collège d’Arles-sur-Tech, comme Principal. « C’est drôle », dit-il en plaisantant, « parce que les personnes qui regardent sur la carte pensent que les deux établissements sont proches. Mais au milieu, il y a le Canigou (2786m). Et donc pas de route directe. Ici, on est au fond d’une vallée, à environ 400 mètres d’altitude » De fait, le collège d’Arles-sur-Tech, qui compte un peu moins de 350 élèves, est l’un des établissements les plus au sud de la France, sur un territoire frontalier avec l’Espagne. Précédemment, Jonathan était professeur de Mathématiques, en Seine-Saint-Denis : « une belle expérience », confie-t-il. « On sentait qu’on avait des moyens mais surtout qu’il y avait une adhésion au projet. Par exemple, on a démarré l’enseignement de la L.V.2 en 5ème, il y a plus de dix ans. C’était vraiment bien, et quand je suis passé chef d’établissement, je me suis dit que ce serait quelque chose que j’aurais vraiment envie de conduire avec les enseignants et en faveur des élèves. » Passer le concours de personnel de direction s’est fait de manière naturelle. Elu au conseil d’administration dès ses années de MI-SE, impliqué dans de nombreux dispositifs, Jonathan pensait qu’en ayant « les clés du camion, il serait en capacité d’apporter davantage d’aide aux élèves et aux personnels ». Son envie : créer les conditions pour aller plus loin. Mais on ne va pas se mentir : « c’est loin d’être facile. » Pourquoi ? « D’abord, les conditions de travail sont compliquées. Il faut sans cesse courir après le temps. » Comme beaucoup de collègues, Jonathan a le sentiment d’être en première ligne. « Il faut avancer, on nous demande de faire appliquer un certain nombre de mesures sur lesquelles on n’a pas forcément de recul. » Il faut rassurer les collègues enseignants, alors même qu’on n’en sait pas nécessairement plus qu’eux. Mais il est important de faire appel à ses valeurs et de défendre l’idéal républicain, « qui donne un point de repère à chacun ».

2015-2016 : une année compliquée à gérer

L’année scolaire passée a été particulièrement compliquée à gérer. « Même les collègues chevronnés, ceux qui ont 15-20 années de boutique, hé bien, ils ont eu du mal aussi. » Chacun se retrouvait à bosser un peu « seul dans son coin, à essayer de bricoler des systèmes, de manière à ce que la machine tourne et que les professeurs soient rassurés. Sur les postes, ça a été chaud. » Seulement, on sait que cela n’a pas fonctionné dans tous les établissements, loin de là, que des oppositions, parfois assez fortes, ont existé. « Dans mon collège, les choses se sont bien passées », pondère Jonathan, « les professeurs ont bien vu que ce n’était pas simple. Mais ils ont joué le jeu. Sans grand enthousiasme, ce qui change d’ailleurs des autres réformes que j’ai connues. Par exemple, quand l’éducation prioritaire a été mise en place, les professeurs étaient vraiment impliqués, ils savaient pourquoi ils le faisaient. Ils étaient engagés. » Cette fois, l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous. « On est allé un peu à l’aveugle sur certaines questions, il faut bien le dire. » Par exemple, Jonathan regrette que dans son académie, on ne connaisse pas clairement « le nombre d’heures assignées à l’enseignement du Catalan sur chaque niveau, que ce soit le même pour tous les établissements et qu’il ne faille pas le prendre sur notre marge. C’est le genre de « détail » qui nous met en difficulté. » La disparition des classes bilangues, leur maintien dans les établissements privés pose également question. Ou bien le sentiment de ne pas avoir été suffisamment associé aux dispositifs de formation des enseignants, alors même que la réforme fait des chefs d’établissement des pilotes pédagogiques.

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Avec cette rentrée scolaire, Jonathan commence à mesurer les effets induits par les nouveaux emplois du temps. « J’ai fait comme beaucoup de collègues. J’ai souhaité préserver la vie scolaire qui va être beaucoup sollicitée notamment sur le temps méridien. Si à un moment, il faut faire une permanence, je le ferai. Mais j’ai tout fait pour que chacun s’y retrouve. » Il n’en reste pas moins que Jonathan a le sentiment que les nouvelles grilles horaires « vont générer de nouveaux rythmes pour les enseignants » et qu’il faudra du temps pour que la réforme s’installe dans les collèges. Plus que tout, le jeune chef d’établissement regrette que chacun soit un peu dans sa bulle. « C’est vraiment quelque chose que j’ai découvert en passant de professeur à personnel de direction. » Quand on a la chance de travailler dans une équipe de direction comprenant un adjoint, « cela donne l’occasion de discuter, de prendre du recul par rapport au système et à son évolution. Même si l’on n’est pas d’accord sur tout avec le collègue, ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est de pouvoir échanger. » Pour les chefs d’établissement isolés, Jonathan revendique le fait de « jouer collectif. C’est pour cela que la vie syndicale est importante. Elle nous permet d’échanger les points de vue, de nous tenir au courant, de nous sentir épaulés. » De donner du sens à notre action quotidienne.

Samuel LAUTRU

Le collège Jean Moulin d’Arles sur Tech est situé dans une vallée montagneuse, au cœur d’un territoire qui a longtemps vécu sur une identité économique et démographique qui lui était propre (mines, industries textiles…) et bien différente de celle des territoires voisins, qui accueillent les autres établissements du bassin d’éducation.

Le collège recrute sur 7 écoles primaires dont deux en classes uniques, sur une quinzaine de villages, pour certains à fort éloignement puisqu’on peut compter plus de 50 minutes de trajet pour certains des enfants scolarisés et souffre depuis de nombreuses années d’une image dévalorisée aux yeux du grand public (rumeurs de violences, et de « petit niveau scolaire ».) et les évolutions récentes ne permettent pas toujours de juguler cela (éloignement, vétusté des locaux, population en déclin…).

En effet, depuis plus de deux décennies, le territoire ne peut endiguer le départ de commerces, maisons de santé, artisanats, services publics. La population existante s’adapte soit en travaillant sur des secteurs plus éloignés à la journée, soit en déménageant. Une nouvelle population est accueillie sur des logements peu chers à la location, population souvent sans travail, ou sur un fonctionnement social plus marginal avec un habitat spécifique. Des familles anglophones sont aussi installées sur ce territoire depuis quelques années et vivent parfois en marge. Les élus de ce territoire sont mobilisés pour le devenir des villages.

Le collège accueille 340 élèves à la rentrée 2016. C’est un chiffre important si on se place dans une perspective de dix ans et ce malgré le transfert de la troisième préparatoire à la voie professionnelle au lycée de Ceret en 2015 et le cylindrage à trois divisions en 6ème , 5ème et 3ème (4 classes par niveau il y a dix ans avec 20 élèves de moins d’élèves sur la struture.) Il est à noter qu’il n’y a pas d’orientations à l’issue du CM2 dans le privé.

Un effectif décroissant pour les trois années est acquis (baisse démographique et orientation en 3PPRO à l’issue de la classe de 4ème). Cependant la spécificité de la démographie de la vallée -qui manque de structures d’emploi- et l’existence d’un certain nombre de logements sociaux ou pas, occupés sur des périodes relativement courtes, ne permet pas une projection à long terme sur des perspectives d’effectifs en constante évolution.

On peut effectivement craindre ou s’attendre à un cylindrage à 3 divisions par niveau l’an prochain ce qui, cumulé aux effets de la réforme du collège sur certaines disciplines aura des impacts en termes de ressources humaines importants d’autant que le collège est isolé et de petite taille.

Le pourcentage de PCS défavorisées a augmenté sur les dernières années même si les chiffres semblent indiquer le contraire (37% aujourd’hui et 44% il y a quatre ans) car les catégories non renseignées ont explosé (16.1% contre 3.6% dans l’académie) et entrent en réalité dans cette catégorie (Certaines familles sont tellement isolées et en difficulté que même les demandes de bourse sont difficiles à effectuer.)Les PCS favorisées sont à 15.5% contre 27.9% pour la comparaison académique.

L’absentéisme des élèves, est inférieur à 5%, mais concerne sensiblement toujours les mêmes élèves qui s’absentent de façon « perlée » pour des petits soucis de santé justifiés par la famille. Ce sont en grande majorité des élèves qui habitent sur les secteurs les plus éloignés par rapport au collège. Enfin l’éducation à domicile reste trop répandue avec un phénomène inquiétant de première scolarisation très tardive (en quatrième cette année pour deux élèves) et de scolarisation « perlée » (un an à domicile, un an au collège….).

Les résultats aux examens sont bons (92% de réussite au DNB avec la moyenne cumulée sur les trois épreuves du contrôle terminal du DNB), le travail sur l’orientation est compliqué par l’absence de perspective sur le bassin d’emploi mais les équipes s’investissent dans cette dimension de projet de vie pour les élèves. »
Jonathan OLIEU

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