>> Accueil / Actualités / Temps de travail : Les (...)

Temps de travail : Les personnels de direction sont des travailleurs illégaux

dimanche 25 juin 2017

JPEG - 19 ko

Les premiers résultats d’une étude de Georges Fotinos, ancien chargé de mission à l’IGEN, soutenue par la Casden, ont été publiés le 25 avril 2017. Les réponses provenant d’une enquête en ligne auprès de 3 000 personnels de direction révèlent une forte dégradation du moral de ces personnels : 1 sur 4 est en « épuisement professionnel » dont 14,5% en « burn-out clinique ».
Depuis le relevé de conclusions sur la situation des personnels de direction (note du 24/01/2007, BO du 22/02/2007), rien de nouveau, sur le plan législatif, concernant notre temps de travail. Pour autant, celui-ci augmente régulièrement, inexorablement.

Revenons donc sur ce relevé de conclusions qui demeure notre référence et qui apporte trois précisions :

« Les personnels de direction sont responsables, dans ce cadre, de l’organisation de leur travail. À ce titre, le chef d’établissement organise le service pour lui-même et son adjoint, en recherchant la complémentarité des temps de service ... »
Responsables, certes, nous avons l’habitude de l’être... et coupables ! Car ce premier paragraphe suggère qu’on n’a qu’à mieux s’organiser – notamment avec l’adjoint.e (parce qu’on a toujours un.e adjoint.e, de surcroît un.e adjoint.e non stagiaire, c’est bien connu et sinon, on n’a qu’à se débrouiller avec son/sa CPE ou son/sa secrétaire). On n’a qu’à se répartir le temps de présence, un jour toi, un jour moi et tout ira bien. Ou toi le matin, moi l’après-midi…
Cela suggère aussi qu’on PEUT le faire : il n’y a qu’à le vouloir !
Soyons sérieux. Si nous travaillons autant, ce n’est pas par pur plaisir, par refus de rentrer chez nous, de voir nos enfants, de sortir au cinéma avec notre conjoint.e ou encore de lire le dernier bouquin écrit par notre auteur.e préféré.e...
Remarquons également que le temps de travail est bien un des rares points qui ne fait pas l’objet d’un réel contrôle de conformité de la part de l’institution…

« La durée annuelle de travail est décomptée en jours. Les personnels de direction bénéficient de 20 jours de réduction du temps de travail et des jours de congé prévus par le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 modifié relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l’État, soit 25 jours auxquels s’ajoutent deux jours dits de fractionnement ».
Ce texte fixe donc une période de congé annuel de 47 jours, soit 9 semaines et demie (sans rien de torride là-dedans).
Ces congés sont-ils réellement pris ?
Les petites vacances représentent 8 semaines, soit 40 jours ouvrés, et les grandes 5 semaines, soit 25 jours. Un total de 75 jours.
Donc, nous sommes tenu.e.s de travailler 28 jours (75 – 47) pendant les vacances, soit 5 semaines et demie. Est-ce bien le cas ? L’été, il n’est pas rare de finir autour du 22 juillet et de reprendre mi-août et, durant les petites vacances, de revenir au bureau, en plus des journées de permanence...
Il y a donc fort à parier que ces 28 journées sont bien réalisées dans la plupart des cas, voire au-delà, notamment quand des examens sont organisés pendant ces périodes et nécessitent la présence des personnels de direction.

« La durée hebdomadaire de travail ne peut dépasser ni 44 heures en moyenne sur une période de 12 semaines, ni 48 heures par semaine. L’amplitude maximale journalière de service est fixée à 11 heures. Le service des personnels de direction ne peut excéder 10 demi-journées par semaine ».
C’est là que les affirmations de ce texte prêtent le plus à sourire. En période « normale » (ce qui arrive de moins en moins souvent), un personnel de direction lambda, appelons-le/la Gigi, arrive à 8h maxi et repart à 18h mini. Cela fait 10 heures de travail hebdomadaires, sur 4,5 journées (si on fait le calcul vraiment a minima en considérant qu’on ne travaille ni le mercredi après-midi ni certains week-ends !!!), soit 45 heures. Une vitesse de « croisière » qui dépasse déjà les 44 heures maximum fixées sur une longue durée. Et c’est une hypothèse basse, rappelons-le.
En période anormale (prendre ici le terme dans son acception littérale car en fait, ce sont des périodes très fréquentes), le temps de travail hebdomadaire explose. En effet, il s’agit des périodes de conseils de classe (souvent 3 fois 2 semaines), les semaines des réunions parents / professeurs, les soirées de Conseil d’Administration, Conseil Pédagogique, CESC, Commission Permanente, les réunions pour les voyages pédagogiques, les portes ouvertes... Bref, presque tout le temps...
Là, si l’on considère une journée type, et toujours Gigi qui arrive à 8h, la fin se situe aux alentours de 20h30. Donc des journées de 12,5 heures, des semaines de 55 heures minimum sur 4,5 jours toujours – hypothèse basse. Et c’est interdit, puisque les textes fixent un maximum de 48 heures hebdomadaires de travail et de 11 heures par jour.
Si l’on considère que Gigi bosse 55 heures par semaine la moitié du temps, 45 heures l’autre moitié, cela fait une moyenne de 50 heures… Si Gigi arrive à prendre tous ses congés, soit 10 semaines, ces 50 heures se répartissent sur 42 semaines. Soit un total de 2100 heures par an. On peut aisément constater un dépassement de 493 heures sur l’année – si l’on se réfère aux 1607 heures officielles qui restent la référence…
Nous sommes des travailleurs illégaux.
493 heures non payées, assumées gratuitement, chaque année, pour chaque personnel de direction (hypothèse basse toujours, rappelons-le)... Une belle économie pour l’État, non ?
Voyons à quoi cela correspond : 493 heures que l’on ramène à des semaines de 50 heures en moyenne, cela fait presque 10 semaines. Par conséquent, mi-octobre nous devrions cesser de travailler ! Et être remplacé.e. Ou bénéficier d’une année sabbatique tous les 4 ans !
Et pour les femmes alors ? Rappelez-vous qu’en Islande, les femmes ont quitté leur travail lundi 24 octobre 2016 à 14h38 parce que les femmes islandaises, qui gagnent en moyenne 18% de moins que les hommes, travaillent sans être payées après cette heure précise (sur une journée de travail de 8 heures).
Dans la fonction publique, on se dit que cette question ne se pose pas : à travail égal, salaire égal.
Or, dans le Bilan social des personnels de direction 2015 publié par le Ministère de l’Éducation nationale (lui-même), on apprend que les femmes sont moins souvent cheffes, moins bien promues – notamment à la hors classe -, moins présentes sur les grosses catégories d’établissement… donc moins bien payées !
Les femmes cesseraient donc le travail bien avant la mi-octobre !
Face à cette situation, de nombreux syndicats réclament des « compensations » :

Un compte épargne temps.
Mais comment l’activer, comment l’alimenter, comment prouver nos heures, quand poser les jours de récupération ?

Un salaire plus élevé.
Pourquoi tant travailler si on meurt d’une crise cardiaque à 55 ans ou si on fait un burn out ?

Un appel à l’autodiscipline : mieux répartir les tâches, borner son temps, habituer les partenaires à nous voir moins souvent.
Riche idée, là encore. Le travail doit être réalisé et celui-ci, de plus en plus lourd, nous mobilise de plus en plus longtemps, malgré l’expérience.
Pour revenir à un temps de travail conforme à la loi, le SNUPDEN réclame :

  • la présence d’équipes complètes dans tous les établissements : chef(fe), adjoint.e, CPE,
  • des temps partiels systématiquement compensés pour toutes les catégories de personnels (comme c’est le cas pour les enseignants),
  • la présence effective d’un pôle social et de santé : infirmière, AS, COP,
  • la mise en place rapide de suppléances pour le pôle administratif et de vie scolaire en cas d’absence,
  • des équipes renforcées à partir de la catégorie 3,
  • des personnels réellement formés,
  • la mise en place d’une médecine du travail pour les personnels de direction.
  • l’ouverture rapide d’un vrai dialogue sur les conditions de travail des personnels de direction.

Le bureau national,
Paris, le 26 juin 2017

Contact

snU.pden-FSU
Bourse du Travail
Place de la Libération
93016 Bobigny Cedex
Tél. : 06 36 95 35 94
snupden@fsu.fr

Rechercher


Communiqués FSU
- PPCR : lettre au premier ministre
Monsieur Edouard PHILIPPE Premier Ministre Les Lilas (...)
- Contractuel-les de la Fonction publique (...)
Stage syndical national FSU les 7 et 8 novembre 2017 • (...)
- La FSU condamne l’attentat en Somalie
Les habitant-es de la capitale somalienne Mogadiscio (...)
Derniers articles parus
- Les dossiers du moment : projet de loi (...)
Plusieurs dossiers concernant notre vie au quotidien (...)
- INSTANCE BLANCHET DU 11 OCTOBRE 2017 : (...)
L’ordre du jour de cette instance se compose des (...)
- Mutations 2018 : informations sur les (...)
Pour tout personnel de direction, la mutation est vécue (...)
- En grève le 10 octobre 2017
Le snu.pden-FSU se retrouve dans les motifs de la (...)